Ensemble, continuons de défendre les intérêts supérieurs du judaïsme français. Ensemble, soyons engagés pour servir.

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Déterminé et soucieux de poursuivre la mission que vous m’avez confiée il y a sept ans, je me représente à la fonction de Grand Rabbin de France. Mes engagements passés et toute ma carrière m’y ont préparé. Il me faut aujourd’hui continuer à renforcer les fondations de mon premier mandat et bâtir avec vous de nouveaux projets.

J’ai connu les synagogues de banlieue parisienne, puis les communautés de province comme le Mans ou Reims, avant d’occuper des fonctions de direction au sein de l’aumônerie militaire à Paris. Appelé à travailler plus de sept ans auprès des grands rabbins de France Joseph Haïm Sitruk zal et Gilles Bernheim, je les ai servis et accompagnés avec dévouement, ce qui m’a permis d’avoir pleinement conscience de l’importance des missions du grand rabbin de France, comme du poids de la fonction.

Aujourd’hui, après sept années de lourdes épreuves et de tensions, avec des situations de crise et de grande fragilisation de notre édifice communautaire, pendant lesquelles j’ai assumé, avec chacune et chacun d’entre vous, la responsabilité de diriger cette magnifique communauté juive française, je sais qu’il me faut amplifier encore mon travail.

Oui, je suis candidat pour continuer l’action que vous m’avez demandé de mener il y a sept ans. Après toutes nos rencontres, nos combats communs, nos réussites et nos espérances, je vous propose de reconduire ce pacte de confiance entre nous, car nous vivons une période qui réclame inlassablement de faire ce en quoi je crois le plus : tisser des liens entre tous. Comme nous le faisons au quotidien. Et la grande force du Consistoire est que vous portez avec talent et dévouement cette politique de présence partout en France.

Comme vous, grâce à vous et avec vous, je suis engagé pour servir. Cela passe par un accompagnement personnalisé des rabbins, des présidents, de l’ensemble des administrateurs et cadres communautaires, mais aussi, par une assistance « sur-mesure » aux fidèles et plus particulièrement aux personnes vulnérables ou aux femmes Agounot privées de guet, ou encore le tissage de liens entre tous dans une période de grande détresse, et en particulier le dialogue interreligieux que vous développez si bien localement.

Mon travail est d’être aux côtés des communautés juives partout en France, des plus petites aux plus grandes. Je m’y suis régulièrement rendu pendant ces sept années, réalisant ainsi plus de cent visites par an. Il s’agit aussi pour moi d’apporter la reconnaissance du judaïsme français aux rabbins, présidents et administrateurs, qui se dévouent pour faire vivre un judaïsme de la joie, du partage et de la transmission. Je crois en notre séminaire rabbinique et en sa capacité à se réinventer afin de former les rabbins dont vous avez besoin pour servir vos communautés et d’assurer la formation continue des rabbins déjà en poste.

Ce travail d’accompagnement, de soutien et d’espérance est la pierre angulaire de mon action depuis quarante ans en tant que rabbin et depuis sept ans, comme Grand Rabbin de France.

L’élection est certes un rendez-vous pour faire le point sur les avancées, les réalisations, mais elle est surtout l’occasion de rappeler l’ampleur de la tâche qu’il reste à accomplir et les travaux qu’il convient encore de lancer. C’est cela que je souhaite entreprendre avec vous tous.

Nous avons de nombreux combats à mener, car nous sommes parfois isolés face à l’antisémitisme et face à la question existentielle de notre liberté de pratique religieuse.

Aujourd’hui, nous avons les ressources, la foi, la force, et l’énergie pour « faire face » à ce que nous vivons. Notre communauté est résiliente, nous portons l’espérance, la projection dans le futur. Unis dans notre foi et fiers de nos valeurs, nous sommes solidaires, attentifs aux solitudes des uns et des autres. La Thora que je porte est faite de fidélité absolue à la halakha dans l’intelligence que les rabbins ont toujours su trouver afin de proposer un judaïsme du bonheur, de la joie, de l’écoute, de la rencontre et du ré-enchantement permanent de nos traditions.

Nous devons continuer de développer les richesses de l’intelligence de la halakha afin de trouver les solutions que la Thora nous propose pour chacun. Nous devons expliquer nos décisions rabbiniques, ouvrir des portes et garantir le respect de chacune et de chacun. Sans jamais juger, nous devons, accompagner, aider autant que faire se peut et surtout, tisser un lien de confiance. C’est ce que je me suis efforcé de faire et de partager avec les rabbins de France. Qu’ils soient ici une nouvelle fois remerciés pour leur formidable travail et leur présence auprès de leur communauté et de leurs fidèles.

Le Grand Rabbin de France et le Président du Consistoire doivent définir ensemble une vision commune du projet communautaire. La solidité de ce tandem et la qualité de leurs relations sont des facteurs-clés du succès du Consistoire. J’ai toujours travaillé avec les présidents de l’institution centrale du judaïsme français, et notamment avec Joël Mergui. Ensemble, avec les administrateurs du Consistoire, nous porterons l’espérance d’un judaïsme serein, rassuré dans son devenir, apaisé et libéré de ses contraintes.

L’avenir des Juifs de France est aujourd’hui menacé par un sentiment d’isolement et de vulnérabilité, parce qu’une partie de la société ne veut parfois plus comprendre nos pratiques, nos questionnements et nos doutes. L’antisémitisme meurtrier sévit dans une indifférence croissante de l’opinion et la terrible décision de la Justice concernant l’assassin de Sarah Halimi nous pose plus encore cette question, malgré la déclaration du Président de la République de proposer un changement de la loi, après ma tribune dans Le Figaro. Plus insidieusement, les principes fondateurs du judaïsme en société sont mis à mal. La brit-mila et la chehita sont menacées par des attaques doctrinaires et risquent de confiner symboliquement les Juifs à la marge de la communauté nationale et européenne, en les présentant comme rétrogrades. Nos jeunes sont confrontés aux problèmes des examens le shabbat ou les jours de fête, les plaçant face à un dilemme cruel – et doctrinaire là encore – revenant à exiger des jeunes Juifs qu’ils abdiquent une partie de leur identité. Nous connaissons cela car c’est ce que nous récitons le soir du Seder de Pessah, « A chaque génération, quelqu’un se dresse afin de nous exterminer, et l’Eternel nous sauve de leurs mains ». Oui, l’Eternel nous insuffle la force pour résister, défendre et porter encore et encore nos valeurs les plus authentiques. Et c’est justement cela la laïcité que nous défendons : la liberté de pratique religieuse dans un ensemble qui s’appelle la République, la France, où nous apportons ce que nous sommes, ce que nous vivons : la fidélité, la joie, l’espérance et la mémoire, particulièrement en cette époque si oublieuse de son passé. C’est la mémoire de nos exils, la mémoire de nos souffrances, la mémoire de nos anciens, la mémoire des Justes, c’est cette trame de notre présence bimillénaire en France qui nous attache tant au rêve qu’incarne la République lorsqu’elle est grande.

C’est aussi la défense du lien que nous avons avec l’Etat d’Israël, ce lien spirituel et fort, cet amour qui nous relie tous, « comme un seul homme, avec un seul cœur ». Notre centralité spirituelle est aussi une réalité quotidienne et en particulier en terme de coopération rabbinique et j’entends poursuivre et développer la qualité de nos échanges. C’est aussi le cas avec le rabbinat européen où les contacts sont permanents et où nous avons obtenu des résultats très significatifs dans beaucoup de dossiers, en particulier de divorces religieux. Briser l’enfermement implique donc de bâtir de nouvelles fraternités au-delà de la communauté juive de France, et en particulier vers le rabbinat européen, qui offre de véritables opportunités d’actions communes.

Il faut rompre cette spirale d’enfermement en expliquant ce que nous sommes, ce que nous portons et ce que nous rêvons de vivre. Il nous faut peut-être plus encore lutter contre l’isolement au sein de notre communauté par l’entretien de la Ahdout, de l’unité, et notamment par le développement d’un judaïsme familial respectueux de la Halakha et synonyme de bonheur et de joie, et par l’amélioration des conditions institutionnelles d’accueil et d’écoute de chacun dans nos synagogues et dans nos institutions.

Ce ré-enchantement passe par le développement de l’étude, par la revalorisation de l’enseignement et par l’aide à tous les réseaux scolaires. L’étude pour tous, garçons et filles, enfants, adultes et personnes âgées est une façon de transformer la société et de donner une juste place à chacun et à chacune.

Si le judaïsme doit parler aux Juifs de France, ce n’est pas sa vocation exclusive. Il doit pouvoir parler à la société, à des mondes aussi diversifiés que l’université, l’entreprise, la sphère sociale, le monde politique et associatif. Je me suis efforcé sans relâche afin d’être ce relais, ce passeur, et toujours en m’appuyant sur nos textes et sur leur extraordinaire modernité.

J’ai pour le judaïsme français l’ambition de répondre aux attentes et aux besoins des fidèles et des communautés, afin que nous demeurions la première communauté juive d’Europe. Une présence permanente, un véritable soutien des activités dans toute la France et une capacité à initier des actions en faveur de tous ceux qui se sentent éloignés, seront la trame d’un travail de retissage du lien entre les communautés et l’institution consistoriale.

Pour ce faire, il importe de présenter les valeurs fondamentales du judaïsme, de la Thora, partout où cela est possible, afin de rendre aux Juifs la fierté de leur héritage.

Avec l’aide de l’Eternel et votre soutien, œuvrons ensemble au développement et à la pérennité du modèle consistorial français fait de respect absolu à la halakha, d’ouverture et d’équilibre.

Ensemble, démultiplions l’action du Consistoire partout en France et continuons de défendre les intérêts supérieurs du judaïsme français

Ensemble, combattons l’isolement dans lequel on tend trop souvent à nous enfermer.

Ensemble, soyons engagés pour servir.